“La photo de classe”. La traditionnelle photo de groupe.

 

L’idée initiale a été de déstructurer ce groupe pour ne s’attacher qu’à l’individu. Décomposer cette communauté, notion forte dans ces classes primaires, souvent fédératrices.

Le portrait comme identité passe par un visage, une expression. Je ne pensais pas alors que leur réaction serait aussi compréhensive face à ma proposition : les photographier de dos. Là où j’attendais interrogation, étonnement, voire déception de ne pas “se voir”, l’idée séduisait et n’intriguait pas. L’affolement viendra curieusement de leur seconde implication pour la réalisation complète du projet : un portrait par les mots.

Par le dessin pour les élèves de cours préparatoire, par les mots pour les cours moyen de première année. Pourquoi vouloir se révéler avec pour seul support une feuille blanche et qui plus est, s’exprimer sur la Corse, autour de la question de l’insularité et le fait de vivre sur une île. Ce qui n’était jamais questionné par écrit était ce qui m’importait.

L’implication de l’élève a été double: quelle nouvelle posture adopter, non pas face, mais dos à l’appareil (imposant, une chambre 4x5”), puis parler de soi au travers de l’expression écrite.

L’identité passe par l’écrit et non plus par la photographie d’un visage, parce-que la photographie ne dit pas tout. L’expression devient à la fois portrait et légende de l’image.

 

Lea Eouzan-Pieri

Les photogragraphies ont été réalisées à l'école primaire Marie Reynoard de Montesoru (Bastia, Haute-Corse) et à l'école primaire de la commune d'Alata (Corse du Sud)