Exposition à la Galerie Cross MacKenzie, Washington DC, octobre-novembre 2015 © D.R

Intersection 

En Corse, île de la Mer Méditerranée occidentale, la nature offre des paysages d’une beauté

singulière. Les eaux limpides, les montagnes majestueuses, les vallées arborées se fondent dans un décor idyllique. Mais, loin des paysages de “cartes postales”, une interaction naît entre environnement naturel, constructions et vestiges de l’activité humaine, engendrant une cohabitation sournoise et entendue.

A Stretta di u Lancone – un défilé situé au sud de Bastia, principale ville du nord de l’île – est un véritable cimetière de voitures. Les carcasses, abandonnées dans cette vallée sauvage depuis des décennies, ont fini par y trouver leur place, un espace légitime d’existence en soi.

En d’autres endroits, la flore reprend ses droits et réinvestit d’anciens édifices. Les ruines du Cunventu San Francescu d’Orezza, dans le centre de la Corse, sont aujourd’hui recouvertes de végétation depuis les trois pans de murs encore debout jusqu’au clocher de cette impressionnante architecture. De tous temps, la Corse vit une Histoire tourmentée, composée d’invasions et d’annexions successives. Le couvent d’Orezza fut un lieu d’assemblées qui, au cours du XVIIIè

siècle, ont façonné l’indépendance de l’île. C’est lors de la dernière consulte, au mois de septembre 1790, que furent confiés au général Pasquale Paoli les pouvoirs d’une nouvelle administration départementale, en présence de Napoléon Bonaparte.

D’autres paysages sont protégés. Une loi française y veille. Jusqu’au jour où celle-ci manque d’être modifiée pour donner libre cours aux spéculations immobilières. L’embouchure de l’étang de Diana, un des huit plans d’eau naturels corses situé sur la côte orientale, a été épargné grâce à une mobilisation publique en 2009.

Enfin, les mauvaises intentions prévalent. Les barres d’immeubles de Lupinu, quartier populaire au sud de la cité bastiaise, engloutissent aujourd’hui le maigre souvenir d'un espace autrefois dédié au travail des champ, sous le “regard” vide, triste et impuissant de ces innombrables maisons en ruine qui jallonnent les routes. Cette série photographique ne vise pas à documenter des lieux. Elle

cherche à comprendre les enjeux qu’ils incarnent dans le champ visuel contemporain.

L’aménagement et la réorganisation du territoire sont au centre de mes préoccupations. Cette réflexion a conduit un premier travail autour de la mise en spectacle des lieux de mémoire autour des nouveaux paysages politiques. Quelle transformation pour ces paysages ? Ou plutôt : comment les transforme-t-on, pour glisser vers quelle identité ? Cette mutation implique de fait un nouveau comportement chez l’Homme dans l’appréhension de ces espaces.

Ce travail autour de la réémergence d’un lieu, activé par la main de l’Homme ou son abandon, interroge la notion de « re-composition » du territoire, à travers l’idée de réappropriation, puis de « re-présentation ». L’archéologie du lieu, ses différentes strates, en rendent plus lisible sa compréhension, le temps présent utilisé comme fondations.